« J’ai décidé de doter la France d’un nouveau porte-avions. » C’est à Abu Dhabi, où il
est allé partager un repas de Noël avec les 900
militaires stationnés dans l’émirat, qu’Emmanuel Macron a fait
cette annonce. Le président
de la République est certes le chef des armées, mais on peut
s’étonner de la formule, quand bien même elle a été précédée de
quelques précautions de langage : « Conformément aux deux
dernières lois de programmation militaire et après un examen
complet et minutieux. »
Un examen
complet qui a pourtant échappé à la représentation nationale pas plus tard
que la semaine passée. À aucun moment, lors du débat sur le budget de la défense,
avec une hausse annoncée depuis 2024 et d’ici à 2030, de 47 %, la
mise en chantier d’un nouveau porte-avions n’a été évoquée.
J’ai décidé.
C’est donc un président à dix-huit mois de la fin d’un second mandat
calamiteux, à la peine dans les enquêtes de popularité depuis
des mois avec 12 à 16 % d’opinions favorables, dans
l’incapacité d’obtenir de son cinquième gouvernement en quatre ans un
budget qui tienne la route, qui décide d’engager la France dans une option
militaire stratégique à 10 milliards d’euros au bas mot à
l’horizon 2038.
On aimerait,
c’est peu de le dire, qu’il ait la même capacité de projection pour
l’éducation, la santé, les questions environnementales ou encore, par
exemple, la question de l’égalité hommes-femmes qui devait être une des
grandes causes de son quinquennat, quoi qu’en pensent les « sales
connes ». « Je serai, a-t-il dit, le garant de cet
engagement. » On peut se demander comment.
« À l’heure des prédateurs, a encore déclaré le président, nous devons être forts pour être
craints. » Les prédateurs ? La notion géopolitique est floue,
pour le moins. Les prédateurs, c’est tout le monde et personne, y compris au
moment où, tout en exigeant un engagement financier plus important de la
part des pays de l’Otan, les États-Unis se désolidarisent de
l’Europe. Contrairement à la dissuasion nucléaire, un porte-avions est une
arme de projection. Pour aller où ?

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