Depuis le prétendu cessez-le-feu,
deux enfants palestiniens meurent chaque jour sous les tirs israéliens. Nous
serons nombreuses et nombreux à marcher ce 29 novembre pour dire non à
l’état de guerre permanent au Proche-Orient et, au-delà, au plan Trump, qui
viole les principes que la France doit défendre.
En relations
internationales, il est un principe qui traverse malheureusement les
âges : la force arrête la force. Or le soutien inconditionnel des
États-Unis à Israël, la disproportion de l’armement israélien qui en découle et
la passivité des Européens ont conduit à un déséquilibre guerrier et meurtrier.
Sans force
d’équilibre face à lui, l’État israélien soumet Gaza à des crimes de guerre
génocidaires et la Cisjordanie à un régime d’occupation et de colonisation
d’une extrême violence. Répétons-le : depuis le début de la
« trêve », deux enfants palestiniens meurent chaque jour sous les
tirs israéliens. Les faibles digues bâties depuis les accords d’Oslo quand il
existait une dynamique en faveur d’une approche politique ont sauté.
Du fait du
déséquilibre de puissance entre les acteurs régionaux, mais aussi de l’abandon
par les États-Unis et les Européens des principes qu’ils disaient défendre, au
premier rang desquels le droit humanitaire et le principe cardinal du droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes.
Droit
international humanitaire : la protection et l’assistance la plus minimale
n’ont pas été offertes à la population civile de Gaza par les États-Unis et
l’Europe. Est-il besoin de rappeler que les 70 000 victimes civiles, dont
des dizaines de milliers d’enfants, n’ont pas suffi à ce que l’accord de
libre-échange entre Israël et l’Union européenne soit suspendu ?
Le blocage de
la nourriture et la destruction systématique du système de santé et du système
éducatif n’ont pas suffi à ce que la France adopte des sanctions, ce que ses
députés ont pourtant le pouvoir de faire. Par ailleurs, la presse
internationale n’est toujours pas autorisée par Israël à entrer dans Gaza
librement.
Droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes : de glissement sémantique en reculade, le
droit des Palestiniens à un État souverain, déjà purement théorique depuis
presque quatre-vingts ans, est fragilisé même dans les termes de la discussion
diplomatique. Les dirigeants israéliens affichent désormais ostensiblement leur
refus de tout État palestinien, à jamais. Cela signifie qu’ils officialisent
leur volonté de condamner durablement l’ensemble de la population palestinienne
à vivre dans un État de facto d’apartheid sans aucune perspective politique.
À cet égard, le
plan Trump et le vote de soutien de la France risquent de marquer un
basculement irréversible de l’ordre international. En effet, la référence à la
souveraineté palestinienne, vague et rajoutée à la dernière heure, ne
contrebalance pas l’esprit d’un texte marqué d’un colonialisme réinventé. S’il
est appliqué, la bande de Gaza sera régie par une administration internationale
soumise aux États-Unis.
Dans les faits,
le premier soutien de la force occupante israélienne exercera donc un mandat,
comme dans le régime colonial du début du XXe siècle, sans association de
la population palestinienne aux décisions qui lui sont imposées. Et avec le
cynisme de l’impérialisme transactionnel de l’administration américaine
actuelle, cet abandon de souveraineté n’est même pas le prix de la fin du
massacre et de la reconstruction de la bande de Gaza dévastée. Dans ces
conditions, quelle est la cohérence pour la France de reconnaître un État, puis
de voter deux mois plus tard en faveur de son démembrement et de la mise sous
tutelle de sa population ?
Bien sûr, nulle
mention de la pourtant si nécessaire justice pénale internationale qui devrait
établir les crimes commis pour poser les fondations d’une paix durable. Comment
attendre de ceux qui sanctionnent les juges internationaux, dont notre
compatriote Guillou, qu’ils soient les artisans de la justice qu’ils
combattent ?
Alors il faut
marcher pour les dizaines de milliers de victimes du génocide, pour les
milliers d’enfants amputés et assassinés. Marcher pour dire encore « plus
jamais ça » et que des conditions de vie dignes soient assurées le plus
rapidement possible dans Gaza dévasté. Marcher aussi pour dire que le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes ne se marchande pas et qu’il doit demeurer un principe
cardinal de l’ordre international et demander que la France mette, enfin, ses
actes en accord avec ses discours en sanctionnant le gouvernement israélien
pour ses crimes.

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