jeudi 27 novembre 2025

Lucie Castets et Ian Brossat : « Le 29 novembre, marchons pour Gaza dévasté et pour le respect du droit international »



Depuis le prétendu cessez-le-feu, deux enfants palestiniens meurent chaque jour sous les tirs israéliens. Nous serons nombreuses et nombreux à marcher ce 29 novembre pour dire non à l’état de guerre permanent au Proche-Orient et, au-delà, au plan Trump, qui viole les principes que la France doit défendre.

En relations internationales, il est un principe qui traverse malheureusement les âges : la force arrête la force. Or le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël, la disproportion de l’armement israélien qui en découle et la passivité des Européens ont conduit à un déséquilibre guerrier et meurtrier.

Sans force d’équilibre face à lui, l’État israélien soumet Gaza à des crimes de guerre génocidaires et la Cisjordanie à un régime d’occupation et de colonisation d’une extrême violence. Répétons-le : depuis le début de la « trêve », deux enfants palestiniens meurent chaque jour sous les tirs israéliens. Les faibles digues bâties depuis les accords d’Oslo quand il existait une dynamique en faveur d’une approche politique ont sauté.

Du fait du déséquilibre de puissance entre les acteurs régionaux, mais aussi de l’abandon par les États-Unis et les Européens des principes qu’ils disaient défendre, au premier rang desquels le droit humanitaire et le principe cardinal du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Droit international humanitaire : la protection et l’assistance la plus minimale n’ont pas été offertes à la population civile de Gaza par les États-Unis et l’Europe. Est-il besoin de rappeler que les 70 000 victimes civiles, dont des dizaines de milliers d’enfants, n’ont pas suffi à ce que l’accord de libre-échange entre Israël et l’Union européenne soit suspendu ?

Le blocage de la nourriture et la destruction systématique du système de santé et du système éducatif n’ont pas suffi à ce que la France adopte des sanctions, ce que ses députés ont pourtant le pouvoir de faire. Par ailleurs, la presse internationale n’est toujours pas autorisée par Israël à entrer dans Gaza librement.

Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : de glissement sémantique en reculade, le droit des Palestiniens à un État souverain, déjà purement théorique depuis presque quatre-vingts ans, est fragilisé même dans les termes de la discussion diplomatique. Les dirigeants israéliens affichent désormais ostensiblement leur refus de tout État palestinien, à jamais. Cela signifie qu’ils officialisent leur volonté de condamner durablement l’ensemble de la population palestinienne à vivre dans un État de facto d’apartheid sans aucune perspective politique.

À cet égard, le plan Trump et le vote de soutien de la France risquent de marquer un basculement irréversible de l’ordre international. En effet, la référence à la souveraineté palestinienne, vague et rajoutée à la dernière heure, ne contrebalance pas l’esprit d’un texte marqué d’un colonialisme réinventé. S’il est appliqué, la bande de Gaza sera régie par une administration internationale soumise aux États-Unis.

Dans les faits, le premier soutien de la force occupante israélienne exercera donc un mandat, comme dans le régime colonial du début du XXe siècle, sans association de la population palestinienne aux décisions qui lui sont imposées. Et avec le cynisme de l’impérialisme transactionnel de l’administration américaine actuelle, cet abandon de souveraineté n’est même pas le prix de la fin du massacre et de la reconstruction de la bande de Gaza dévastée. Dans ces conditions, quelle est la cohérence pour la France de reconnaître un État, puis de voter deux mois plus tard en faveur de son démembrement et de la mise sous tutelle de sa population ?

Bien sûr, nulle mention de la pourtant si nécessaire justice pénale internationale qui devrait établir les crimes commis pour poser les fondations d’une paix durable. Comment attendre de ceux qui sanctionnent les juges internationaux, dont notre compatriote Guillou, qu’ils soient les artisans de la justice qu’ils combattent ?

Alors il faut marcher pour les dizaines de milliers de victimes du génocide, pour les milliers d’enfants amputés et assassinés. Marcher pour dire encore « plus jamais ça » et que des conditions de vie dignes soient assurées le plus rapidement possible dans Gaza dévasté. Marcher aussi pour dire que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne se marchande pas et qu’il doit demeurer un principe cardinal de l’ordre international et demander que la France mette, enfin, ses actes en accord avec ses discours en sanctionnant le gouvernement israélien pour ses crimes.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

« Extase(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin

Majuscule  : Un livre-compagnon : le bloc-noteur n’a pas trouvé meilleure expression pour qualifier le dernier opus de Pierre-Louis Basse,...