L’habitabilité
de la Terre intéresse-t-elle encore les dirigeants de la planète ?
L’extinction d’espèces, la multiplication des incendies dantesques, les
inondations meurtrières, la chaleur insoutenable, la sécheresse implacable que
nous subissons ne sont pourtant qu’un avant-goût du futur. Le changement
climatique a commencé. Il est irréversible. L’enjeu désormais est donc de
s’adapter à cette réalité et d’empêcher davantage de dégâts. Derrière
les chiffres et acronymes du combat climatique, des peuples sont arrachés à
leurs terres, des catastrophes meurtrières se multiplient… L’humanité est à
l’aube de retombées désastreuses si nous ne changeons rien.
À quelques
jours de l’ouverture de la COP30 au Brésil, et alors que nous nous apprêtons à célébrer les dix ans de l’accord
de Paris, les principaux dirigeants
politiques continuent de regarder ailleurs, de se satisfaire de déclarations
incantatoires inefficaces, quand ils n’ont pas succombé au
climatoscepticisme le plus crasse. En décembre 2015, le monde
applaudissait cet accord historique scellé dans la capitale française, malgré
toutes ses limites et insuffisances, redonnant une bonne conscience au
capitalisme, sans imposer aucun mécanisme de sanctions. Le résultat est
aujourd’hui accablant.
La première
puissance économique mondiale l’a jeté aux oubliettes, son président préférant
« forer à tout-va » et assurant, fin septembre à la tribune de l’ONU,
que le changement climatique était « la plus grande arnaque jamais menée
contre le monde ». Avec des arguments de haute volée. « Ils disaient
que le réchauffement climatique allait tuer le monde… Mais ensuite il a
commencé à faire plus froid », a en effet relevé Donald Trump. Les
lobbyistes des énergies fossiles et des industries polluantes n’auraient rêvé
ambassadeur plus zélé. Les faits, la science, démontrent pourtant un scénario
bien différent. En juin dernier, 61 scientifiques de 17 pays différents
affirmaient que le dépassement du seuil de 1,5 °C était désormais
inéluctable, balayant définitivement l’espoir de respecter le premier
totem fixé par l’accord de Paris.
La COP30, qui s’ouvrira
le 10 novembre à Belém, au cœur de
l’Amazonie brésilienne, sera un moment de vérité. Et la session de
négociations préalables organisée à Bonn en juin dernier n’augure rien de
bon, dans un contexte géopolitique très tendu. Il n’y a quasiment pas été
question de taxation des entreprises polluantes, d’annulation de la dette ou de
réforme du système financier mondial. C’est dire si ce sommet s’annonce peu
prometteur et les négociations onusiennes laborieuses. L’espoir pourrait
plutôt venir du côté du sommet des peuples, qui se réunira en marge de la COP.
De l’Amazonie
aux quartiers populaires, des paysans sans terre brésiliens aux syndicalistes
en lutte pour une transition juste, la société civile du monde entier va se
rassembler pour porter une même exigence : celle de la justice climatique
et sociale. Tous, dans la diversité de leurs cultures, sont convaincus que ce
sont les mêmes logiques d’exploitation qui épuisent la terre et les
travailleurs, qu’on ne peut séparer la lutte pour la planète de celle pour la
dignité humaine. Le dérèglement climatique n’est pas un accident de l’histoire.
Il est le produit direct d’un modèle capitaliste fondé sur la croissance
infinie, la captation et la privatisation des ressources et la mise en
concurrence généralisée. Plus qu’à des sommets diplomatiques sans ambitions,
l’avenir de la planète est suspendu à la mobilisation des peuples eux-mêmes.
L’urgence écologique est devenue une urgence démocratique. On ne sauvera pas la
planète avec les règles de ceux qui la détruisent.

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