La décision du
Collège de France d’annuler, dimanche dernier, la tenue en son sein d’un colloque sur
l’histoire de la Palestine fera date. Non seulement parce que ce choix radical ne s’était plus
produit depuis le second Empire et la suspension du cours d’Ernest Renan par
l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862.
Mais aussi
– et surtout – pour le témoignage saisissant qu’il apporte sur la
contagion trumpiste qui affecte nos sociétés. L’engrenage est glaçant : un
article calomnieux du Point, un lobbying agressif et mensonger
d’universitaires pro-israéliens et de la Licra, le tout épaulé par une avocate
au long carnet d’adresses et la pression scandaleuse d’un ministre outrepassant
son rôle… Voilà l’attelage, sans aucune légitimité scientifique, au discours
manichéen et paranoïaque, qui est parvenu à dicter sa volonté dans ce temple du
savoir académique.
Cette décision
d’annulation est une humiliation pour l’historien Henry Laurens, organisateur
de ce colloque, chercheur respecté dans le monde entier et titulaire depuis
vingt-deux ans de la chair « Histoire contemporaine du monde arabe ».
Mais également une défaite pour l’intelligence. Un danger pour notre liberté
démocratique où certains, singeant l’exemple états-unien, assument d’étouffer
le débat, de soumettre le savoir à l’impératif politique. Et rêvent de chasses
aux sorcières en maniant l’amalgame et la désinformation.
Hasard
inquiétant de l’actualité, ce même dimanche, sur France Inter, la journaliste Alix Bouilhaguet, en interrogeant le député LFI Manuel
Bompard sur Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York, usait de plusieurs fake news pour tenter
d’accoler l’étiquette « antisémite » à l’élu démocrate. Un procédé
digne de CNews, en direct sur le service public…
Deux faits le
même jour, dans deux institutions censées, chacune à leur manière, être les
garantes d’une objectivité intellectuelle et d’un savoir rigoureux. Ces dérives
n’ont rien d’anodin. Elles doivent alerter tout le camp progressiste sur la
porosité grandissante des idées et procédés d’extrême droite. Et sur l’urgence
de ne pas y céder un pouce de terrain.
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