Jamais le
brouillard qui s’abat sur notre vie démocratique n’avait été si épais. Après le
cirque Lecornu I et II et le suspense d’une nouvelle censure, le choix du Parti
socialiste d’octroyer un sursis au gouvernement a ouvert une séquence baroque à l’Assemblée
nationale.
Alliances
improbables qui se font et se défont au fil des amendements, incohérence des
votes, chassé-croisé des lois de finances avec l’arrivée du PLFSS avant que la
partie recettes du budget de l’État n’ait été votée : le débat parlementaire
est illisible pour une majorité de citoyens lassés par cette interminable déliquescence du quinquennat Macron.
D’autant que,
quelle que soit la suite des débats, une grande partie des dispositions votées,
surtout les plus progressistes, risquent de ne jamais figurer dans la loi. Dès
lors, comment voir dans ce spectacle parlementaire autre chose qu’une cynique
comédie ?
Les députés de
gauche qui, en l’état, n’ont pas d’autre choix que de se prêter au jeu,
n’auront pas démérité, ferraillant sur chaque amendement et tentant d’arracher
la moindre victoire. Mais la stratégie du PS,
auquel Sébastien Lecornu doit sa survie, est non seulement en train de diviser la gauche, mais contribue aussi à
la guerre des nerfs. En fin de semaine dernière, les socialistes
promettaient de nouveau la censure au gouvernement si aucune mesure de justice
fiscale n’était adoptée. Ils se sont finalement ravisés lundi, repoussant une
nouvelle fois leur ultimatum.
Pourtant,
chaque jour gagné à Matignon par le premier ministre rend le coût de la censure
plus élevé, compte tenu des impératifs calendaires du budget et des élections
municipales. Plus grave encore, on sait à qui
profite ce genre de séquence d’affaiblissement de la crédibilité du politique, entre le discours sur les « incapables »
ou celui sur le « tous pourris ».
Le soufflé
d’une nouvelle censure retombé, c’est une « drôle de guerre » qui se
joue désormais dans l’Hémicycle. De celles qui présagent un combat plus franc,
plus âpre. Il se mènera entre le camp progressiste et l’extrême droite. La
question n’est plus de savoir qui affrontera le RN, mais quand la bataille aura
lieu.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire