Quelle bouffée
d’oxygène ! Alors que les raisons de se réjouir sont rares dans une France
où la fin du macronisme n’en finit pas de ne pas finir, la Fête de l’Humanité a
été un immense succès. Le compteur d’entrées a affiché
610 000 personnes, comme autant de cris de résistance pour
la paix, la justice et la solidarité. Un vrai remède à la sinistrose ambiante.
Ces centaines de milliers de voix ont crié leur désir d’une paix au
Proche-Orient et de la fin du génocide à Gaza, leur besoin de justice sociale à
l’heure où les fins de mois sont si difficiles, leur soif de révolution
démocratique pour que ce que dit le peuple sur tous les tons depuis des années
puisse enfin déboucher sur des changements profonds de notre société. Ces cris
auront-ils percé les murs épais de l’hôtel Matignon, où un nouveau forcené
vient d’être nommé ?
Sébastien Lecornu, troisième premier
ministre installé en dépit du résultat des élections législatives,
est le nouvel enfermé volontaire dans la tour d’ivoire de la rue de Varennes.
Il a une mission d’autant plus impossible que, pour l’heure, rien ne laisse
présager qu’il l’ait comprise. Abandonner la suppression des deux jours fériés
du budget Bayrou était la moindre des choses, mais après ? On semble
encore croire en Macronie que quelques ajustements avec les propositions des
uns et des autres suffiront à faire passer le budget et éloigner la crise politique.
Rien n’est plus faux.
Ils n’ont rien
compris du ras-le-bol populaire.
La pression
populaire est telle que le premier ministre pourrait, enfin, envisager de
discuter de la taxe dite « Zucman » qui imposerait à hauteur de
2 % les patrimoines de plus de 100 millions d’euros. Bien que la
contribution soit modeste, le capital sort ses griffes pour
empêcher tout nouveau prélèvement à coups de tribunes dans la presse
et de relais médiatiques complaisants. On se rappelle qu’en 1981 Georges
Marchais disait « au-dessus de 4 millions je prends tout ».
On en est (très) loin mais c’est déjà (beaucoup) trop. La taxe Zucman est un
symbole. Un premier pas vers une plus large taxation des revenus financiers et,
pourquoi pas, la remise en cause de la mainmise du capital sur l’économie du
pays. Pour le patronat, il faut donc la stopper à tout prix.
Au point
d’aller jusqu’à menacer d’une mobilisation en cas de hausse d’impôts dans le
nouveau budget. Après les 60 milliards de cadeaux annuels offerts par
Emmanuel Macron et le chiffrage à 211 milliards des aides publiques
distribuées chaque année aux entreprises sans contreparties, on croit rêver.
C’est cependant la preuve que nous sommes au cœur d’enjeux cruciaux. Sous
pression patronale, le premier ministre envisagerait donc de baisser le taux de
la taxe ou d’en exclure le patrimoine professionnel, soit 90 % des avoirs
concernés. Une nouvelle démonstration qu’ils n’ont rien compris du ras-le-bol
populaire de citoyens qui refusent de se serrer davantage la ceinture quand les
plus fortunés jouissent du paradis fiscal français taillé uniquement pour eux.
La solution
pour le premier ministre n’est donc pas de bricoler des propositions
inoffensives afin de gagner la mansuétude (et elle serait grande) de certains à
gauche pour éviter la censure. Il doit répondre aux besoins populaires qui se
sont exprimés à nouveau les 10 et 18 septembre, et donc entamer une
politique totalement différente de celle à laquelle il participe depuis
huit ans. Y est-il prêt ? Évidemment non. La gauche doit imposer ce scénario en
créant les conditions d’une unité de classe qui puisse trouver un
vecteur politique pour gagner le changement. Unité ! Unité ! C’est
l’un des messages des femmes et des hommes, des nombreux jeunes qui se sont
pressés à la Fête de l’Humanité.

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