« À
l’âge où la vie se raconte » (Pages 61 à 64)
Je m’en
souviens comme si c’était hier et pourtant, c’était il y a vingt et un ans. Ce
jour-là, le 24 septembre 2000, par référendum, le passage de sept à cinq ans de
la durée du mandat du président de la République, est approuvé Le 5 juin,
Jacques Chirac, alors président de la République, s’était prononcé en faveur du
quinquennat au nom des « exigences modernes de la démocratie », en excluant
toute autre réforme institutionnelle. Quant au Premier ministre Lionel Jospin,
avec les dirigeants socialistes d’alors, dont certains se reconnaîtront, il
rappelle « qu’il a toujours été en faveur de cette réforme et que c’est
effectivement le moment d’agir ».
La
cohabitation bat son plein et l’organisation du référendum est menée au pas de
charge. Il se déroulera le 24 septembre. Ses résultats confirment que notre
pays traverse une grave crise politique (aggravée depuis, c’est le moins qu’on
puisse en dire). L’abstention est record. La participation s’élève à 30,19%. Le
« oui » l’emporte avec 73,21% des suffrages exprimés. Le nombre des bulletins
blancs et nuls est également record : 16,1% des votants. Un électeur sur
cinq s’est prononcé en faveur du changement de la durée du mandat présidentiel.
Le
quinquennat va transformer la nature des institutions de la Ve
République, renforcer le « présidentialisme ». Les arguments développés pour
justifier cette modification profonde de l’élection du président de la
République sont partagés tant par la droite que le Parti socialiste. Ils
peuvent être ainsi résumés : « Le septennat ne correspond plus au rythme de la
vie démocratique, il convient donc de donner plus souvent la parole aux
citoyens. » « Le quinquennat limite les inconvénients de la cohabitation. »
Ainsi
plutôt que de s’attaquer aux questions clés de la crise politique, la montagne
accouche du quinquennat, avec les graves conséquences que nous sommes à même de
constater aujourd’hui. Les déséquilibres exorbitants dont souffre la Ve
République, favorisant à l’excès les pouvoirs de l’exécutif n’ont fait que
s’aggraver, particulièrement avec Emmanuel Macron. Le PCF avait dénoncé les
dangers de la mise en place du quinquennat « sec », c'est-à-dire sans autre
modification de la Constitution : « Le renforcement de la prédominance
présidentielle », « l’atrophie du rôle du parlement » mais surtout « une
accentuation de la bipolarisation de la vie politique ». Tout cela est
profondément juste. Le bémol viendra de la décision de la direction du parti de
prôner une « abstention active ». Contradiction flagrante à mes yeux,
alors que la crise politique faisait déjà tant de dégâts. C’est ce qui m’a
amené, comme beaucoup d’autres communistes, à préférer voter « non ».
Parfois
il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, de se reporter
à des écrits, à des prises de position des uns et des autres. Particulièrement
sur les questions institutionnelles et la démocratie. Où étaient-ils les
censeurs, ceux qui reprochent aux communistes de traîner les pieds, alors
qu’eux étaient les seuls à montrer le bon chemin. Je n’aurai pas la cruauté de
rappeler où ils se trouvaient à cette époque. Aujourd’hui, ils sont nombreux à
vouloir, disent-ils, en finir avec la Ve République. Encore
faudrait-il accorder ses paroles et ses actes.
Les
contenus d’une Nouvelle République !
D’abord
une remarque. On ne peut se prononcer, la main sur le cœur, pour une VIe
République et utiliser dans le même temps les ressorts les plus négatifs de la
Ve au moment où intervient une échéance présidentielle. Ce n’est pas
par opportunisme que le Parti communiste français a porté un jugement négatif
sur ces institutions. Il l’a fait dès 1958 et sans discontinuer, accompagnant
ces critiques de propositions pour les démocratiser. Il en est ainsi de sa
revendication concernant la proportionnelle à toutes les élections. Tout le
monde ne peut pas en dire autant. C’est en 2005 qu’il se prononce clairement
pour une VIe République, en en définissant les contenus. Car là est
bien la question. Nombre de responsables du PS se sont prononcés pour un régime
présidentiel. C’est à un régime à « l’américaine » que vont leur
préférence. Exit le Premier ministre ! A droite, on estime qu’il vaut mieux ne
rien changer et on agite la « simplification d’un soi-disant mille-feuille
administratif ». Quant à la France insoumise, elle n’hésite pas à utiliser tous
les ressorts de la Ve République et un présidentialisme décomplexé
pour faire élire des députés à l’Assemblée nationale. D’une manière générale,
les élections législatives de 2017 ont plutôt été un troisième tour de
l’élection présidentielle qu’un premier tour destiné à élire les représentants
du peuple. Ce présidentialisme a fait d’énormes dégâts, il est temps d’en
sortir, mais une simple référence polie à une VIe République n’y
suffira pas.
Certes
s’attaquer aux institutions ou faire semblant peut être un élément pour
endiguer ce « désamour » et ces doutes. Mais l’autre, plus essentiel et
sûrement plus efficace, serait de rompre avec ce refrain dominant selon lequel
« un seul chemin serait possible ». C’est la raison pour laquelle il convient
tout à la fois de dire quels seraient les contenus de la VIe
République que nous proposons en tant que communistes et l’alternative
politique à construire. « Déclaration des droits fondamentaux et des droits de
la personne, droits indivisibles : civils, politiques, économiques, sociaux ou
culturels s’appliquant à tous les résidents, services publics hors concurrence
et obéissant aux principes d’égalité, de responsabilité et d’efficacité.
Élargissement sous toutes ses formes de l’initiative citoyenne, citoyenneté de
résidence, pouvoirs des salariés à l’entreprise, souveraineté populaire
renforcée, proportionnelle généralisée à toutes les élections, primauté au
Parlement …
S’agissant
de l’élection du président de la République, le débat reste ouvert. Beaucoup
font état de l’attachement des Français à ce scrutin. Faudrait-il maintenir son
élection au suffrage universel, mais avec la possibilité pour les candidats
ayant obtenu 10% au premier tour de se maintenir au second ? Suffirait-il
d’inverser le calendrier et de placer les élections législatives avant la présidentielle ?
Ou faudrait-il instaurer un septennat non renouvelable ? Enfin, faut-il
revenir à son élection au scrutin indirect ? C’est à cette proposition que va
ma préférence. Dans tous les cas de figure, rien n’est envisageable sans
réformer profondément les institutions de la Ve République.

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