Le contretemps
est parfait. Premier mouvement, Donald Trump et son vice-président J.
D. Vance mettent en scène le retournement d’alliance des États-Unis, en
humiliant publiquement Volodymyr Zelensky dans le bureau Ovale, le
28 février, et en annonçant le gel de leur aide militaire, acquise à Kiev
depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie en 2022.
Le deuxième
mouvement se joue les 5 et 6 mars, de l’autre côté de l’Atlantique. En France,
Emmanuel Macron annonce
solennellement à la télévision la nécessité d’un vaste effort de réarmement face à la « menace
russe », la veille d’un sommet européen réuni pour voler au secours de
l’allié ukrainien. Le troisième mouvement s’esquisse cette fois au bord de la
mer Rouge, le 11 mars. En Arabie saoudite, les Ukrainiens et les Américains
s’accordent sur l’idée d’une trêve de trente jours dans le conflit qui a
déjà fait un million de morts, blessés ou disparus, et sur le rétablissement de
l’aide militaire états-unienne comme gage de sécurité.
Le moins que
l’on puisse dire est que les Européens ont été pris complètement à contrepied
par le jeu américain. Moscou n’a pas encore fait connaître sa réponse à l’heure
où ces lignes sont écrites. Mais d’ores et déjà, il est acquis que l’Europe et
la France ont été tenus hors jeu de ce round de discussions. Pis, au moment
même où se dessinait la possibilité d’un apaisement, le président Macron
prolongeait ses accents martiaux devant les chefs d’état-major de trente pays
réunis sur la question de la sécurité de l’Ukraine… dont le sort se discute ailleurs
et sans lui. Le piège se referme sur l’Europe, entraînée dans une fuite en
avant militariste par le président Trump lui-même, qui a joué à la perfection
de sa diplomatie agressive et déloyale pour amener Volodymyr Zelensky à ses
vues. Quant à la mobilisation de moyens colossaux dans la
défense des États européens, elle correspond exactement
à ce qu’attendait Trump, qui espère vendre des armes aux pays alliés de
l’Amérique plutôt que d’assurer leur protection sur les deniers de cette
dernière.
Pendant que le
président américain néofasciste est sur le point d’endosser à bon compte les
habits de faiseur de paix, dans les démocraties européennes attachées à l’État
de droit, la machine de propagande se met en marche pour réveiller les
patriotismes les plus belliqueux. Terrible paradoxe, qui
masque l’impuissance de notre continent à sortir de la logique d’escalade
militaire avec la Russie, menée sous l’impulsion de Joe Biden à la
Maison-Blanche ces trois dernières années. Cette démission diplomatique
européenne laisse aujourd’hui le champ libre à un projet de « pax americana »
qui prévoit la mise en coupe réglée des ressources de l’Ukraine et la cession
de territoires à l’ennemi russe. La paix au prix de la soumission aux
desiderata de l’Oncle Sam.

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