jeudi 20 février 2025

« Richard Ferrand, élu grâce à l'abstention de l'extrême droite : comment la digue a sauté », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



Faut-il que le Conseil constitutionnel, instance pourtant décriée pour son conservatisme pesant dans l’interprétation de la loi, soit potentiellement dérangeant pour que le pouvoir place systématiquement un de ses affidés à sa tête. L’actuel chef de l’État a suivi les mauvaises habitudes monarchiques de ses prédécesseurs avec la nomination de Richard Ferrand, son fidèle lieutenant sans aucun bagage de juriste, à la présidence des « sages ».

Or le contrôle du Conseil constitutionnel est devenu un enjeu déterminant dans le conflit de légitimité politique exacerbé qui oppose les trois « blocs » issus des législatives de juillet, entre la coalition « centrale » minoritaire et discréditée mais qui se maintient au pouvoir, une gauche renforcée mais cantonnée pour l’heure dans l’opposition et une extrême droite menaçante et conquérante.

Pour la première fois de la Ve République, le Parlement avait la faculté de bloquer le « fait du prince », s’agissant de la présidence d’une institution qui dispose quand même du pouvoir de censurer les lois qu’il vote. Depuis 2008, en effet, un droit de veto est accordé au législateur sur la nomination par le chef de l’État de membres du Conseil constitutionnel.

 

Il s’agit d’une des contreparties lâchées par Nicolas Sarkozy, que celui-ci imaginait purement cosmétiques, en échange de la révision constitutionnelle qui a corseté les débats et le droit d’amendement des parlementaires. Dans la logique ultra-majoritaire de l’époque, l’hyperprésident d’alors ne pouvait songer qu’un de ses successeurs verrait son candidat pressenti pour présider aux destinées des juges de la Rue de Montpensier mis en difficulté par sa réforme.

À une voix près, mercredi, ce droit de veto a finalement échappé aux députés. L’histoire retiendra que c’est l’abstention des députés RN qui a sauvé le soldat Ferrand. L’extrême droite estime en effet avoir obtenu l’assurance du nouveau président des « sages » qu’il ne s’opposera pas à l’usage du référendum par le RN si celui-ci accède au pouvoir. Une digue essentielle vient de sauter en vue de l’application de son programme xénophobe et autoritaire. L’horloge du danger fascisant s’est encore rapprochée de minuit.

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