Depuis près de
soixante-cinq ans, Cuba vit sous blocus. Un lent processus d’étranglement.
Depuis des décennies, les États-Unis organisent méthodiquement l’asphyxie d’un
peuple entier – au nom de la liberté, bien sûr. L’empire a toujours su
maquiller de nobles intentions ses politiques les plus brutales.
Le retour de
Trump à la Maison-Blanche a encore durci cette politique inique qui prévaut
depuis Kennedy : en dépit du sens commun, Cuba a été replacée sur la liste
américaine des États soutenant le terrorisme, avec son cortège de sanctions
bancaires, d’interdictions de commerce, de menaces pour les entreprises
étrangères et de blocages d’approvisionnement en chaîne. Washington ne se
contente pas de décider ce que les États-Unis peuvent faire avec Cuba : il
prétend dicter au monde entier ce qu’il a le droit d’y faire.
Avec le dernier
épisode de cette fuite en avant, Washington n’hésite plus à ajouter le
grotesque à l’infâme en accusant La Havane de s’être dotée de plus de
300 drones militaires russes et iraniens prêts à fondre sur les
États-Unis. Si Trump croyait au droit international, nul doute qu’il saisirait
l’ONU en prévention d’une invasion cubaine !
Mais son
utilisation du droit est tout autre : son administration orchestre
désormais l’inculpation, par la justice américaine, de l’ex-président cubain
Raul Castro, dans une affaire vieille de trente ans. Une manière de préparer un
dossier judiciaire pour un enlèvement, comme le président vénézuélien Nicolas
Maduro en janvier dernier, ou pire, une intervention militaire d’ampleur ?
En tout cas,
pour les Cubains, la pression est maximale. Le quotidien devient invivable
entre pénuries et coupures de courant quasi permanentes. Les files s’allongent,
les privations et la débrouille se généralisent, c’est la survie qui prime. Ces
affres servent à la fois d’argument contre le socialisme cubain et de moyen de
chantage : Washington offre son aide en échange d’une capitulation
politique.
Les États-Unis
prétendent défendre les droits humains tout en punissant des millions de
Cubains. Ils parlent de démocratie, mais refusent depuis six décennies à une
nation le droit de choisir son chemin hors de la tutelle de Washington. Pour
l’empire, la liberté des Cubains n’est acceptable qu’à condition de commencer
par l’obéissance.
Car le crime
véritable de Cuba n’a évidemment jamais été de menacer les États-Unis. Le crime
de Cuba est ailleurs : refuser obstinément, à quelques kilomètres de la
Floride, de rentrer dans le rang et de se soumettre à l’impérialisme américain.
D’affirmer qu’un pays du Sud peut revendiquer sa souveraineté. D’avoir survécu,
malgré tout, à l’ordre que Washington prétend imposer à son
« hémisphère ». Et, pire que tout, de proposer depuis soixante-cinq
ans un autre modèle de société que le triomphe de la loi du marché, de l’exploitation
et de l’argent roi. Cette voie communiste, cette alternative vivante et
l’exemple qu’elle pourrait encore représenter pour d’autres peuples sont
insupportables pour Trump et sa clique.
Certes, à
l’ONU, année après année, l’immense majorité des États condamne le blocus.
Mais, en Europe, comme souvent, on déplore sans agir. On invoque le droit
international quand il arrange, on l’oublie quand il faudrait s’opposer à
Washington. Certes, par les temps qui courent, pour d’autres peuples, les mots
sont rares, les condamnations difficiles. Mais, pour Cuba, c’est le silence qui
prévaut. Pourtant, le blocus contre l’île est bien une honte. Son durcissement
par Trump est un crime contre le peuple cubain et devrait être dénoncé comme
tel. Un monde qui accepte qu’on affame un peuple pour le faire plier n’est pas
un monde libre. C’est un monde soumis à la loi du plus fort. Contre cette
loi-là, il est temps de relever collectivement la tête.

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