La mort de
Quentin, un étudiant de 23 ans passé à tabac jeudi après-midi dans le
7e arrondissement de Lyon, est inexcusable. Les images filmées par un riverain rue
Victor-Lagrange laissent entrevoir, au cours des affrontements
survenus entre antifascistes et militants d’extrême droite, un
déchaînement de violence odieux – des personnes à terre, rouées de
coups, un corps inanimé abandonné sur le bitume.
Le militant
identitaire a été pris en charge par les secours vers
19 h 40, à 1,5 kilomètre de là, dans le 5e arrondissement. Loin,
donc, de la conférence donnée à Sciences-Po par Rima Hassan. L’enquête ouverte par le parquet pour coups
mortels aggravés devra établir les responsabilités, faire toute la lumière
sur les circonstances, la chronologie et la géographie de ce drame.
Dans l’attente
de ses conclusions, une pensée s’impose : aucune vie ne mérite d’être
ainsi brutalement interrompue. L’indispensable combat contre les
idées de haine propagées par les forces fascistes n’autorise en rien la mise à mort d’un
jeune homme.
Et
l’affrontement politique avec l’extrême droite implique une rupture
sans ambiguïté avec sa rhétorique de guerre civile, sa logique
d’escalade, ses penchants virilistes, ses méthodes criminelles qui,
dans la plus grande indifférence, ont coûté la vie à au
moins 11 personnes depuis 2022 – des meurtres à
caractère raciste, pour
l’essentiel. Son projet, c’est la loi du plus fort. Ses
mots creusent des sillons : la mort s’y engouffre comme l’eau à
la saison des crues. La combattre, tenir le fil de l’égalité, c’est
refuser que la violence dicte sa loi.
La mort de
Quentin donne lieu, sans surprise, à une cynique exploitation politique. De
Marine Le Pen à Gérald Darmanin, on instruit déjà le procès
de « l’ultragauche assassine ». Leur but : parachever la banalisation de
l’extrême droite en
désignant à la vindicte toutes celles, tous ceux qui lui
résistent. Empêcher que ce piège ne se referme commande de refuser les
voies sans issue. Seul un mouvement ample, populaire, organisé peut aujourd’hui
faire refluer les courants identitaires, ultranationalistes et xénophobes prêts
à mettre le feu au pays pour s’emparer du pouvoir.

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