D’un côté,
tenir les digues ; de l’autre, lever les barrières. Un demi-siècle après
la mort de Franco, les poings levés de ceux qui se battent pour que jamais les atrocités du
franquisme ne soient classées sans suite affrontent le bras tendu des héritiers du Caudillo.
Eux qui, au
mépris de la mémoire et de la justice, ont opté pour une abjecte stratégie
de normalisation des exactions de la dictature. L’extrême droite n’est
plus en embuscade. En
Espagne comme ailleurs, au Chili, en Allemagne, en Italie ou en
France, elle agit au grand jour et presque sans entrave avec en
dénominateur commun la réhabilitation de régimes arbitraires et
brutaux, taches indélébiles sur notre humanité commune.
En Espagne, des
milliers de cadavres gisent toujours dans des fosses
demeurées scellées. Pas de recensement officiel. Pas de noms. Pas d’histoire.
Juste le deuil de familles entières, à la recherche d’un proche tombé
pour avoir défendu la République. 114 000 personnes sont toujours portées
disparues.
Malgré la loi
d’amnistie, promulguée en 1977, gauche et associations de victimes se battent
sans relâche pour que soient reconnus les crimes du franquisme et ses
innombrables victimes : persécutées, emprisonnées, torturées,
exécutées. Les gouvernements de Sanchez ont agi en ce sens, en 2019, puis
en 2022 avec une loi instaurant une banque ADN des victimes, la protection
des lieux de mémoire ou l’interdiction de l’apologie de la
dictature. Des avancées minutieusement sapées dans les régions dirigées
par la droite alliée à l’extrême droite.
Le combat
mémoriel est une lutte quotidienne. Partout. Le fascisme reprend ses
quartiers dans un monde percuté par les inégalités et la guerre. En
France, des messes de la honte, à Verdun en hommage à Pétain, à Paris
en hommage à Franco, salissent un peu plus la mémoire de celles et ceux qui
ont perdu la vie pour notre liberté. La haine de l’autre a le vent
dans le dos. Qu’importent les bourrasques. Elle trouvera toujours, debout, face
à elle, le courage, la dignité et la détermination des résistants.

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