jeudi 20 novembre 2025

« Les mots d’Amine », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Traite d’êtres humains, armes, drogues, contrefaçons… Les activités du crime organisé sont infinies, parfois insoupçonnables. Leur trafic en or impose un silence mortifère. Rien ne doit gripper les rouages d’un commerce tentaculaire et terriblement dangereux pour l’État de droit. Le drame qui accable Amine Kessaci, victime de la devise mafieuse « plata o plomo » (argent ou plomb), est un signal d’alarme. Depuis des années, cet écologiste de 22 ans livre un combat titanesque contre le narcotrafic qui dévore Marseille. L’assassinat en plein jour de son petit frère, Mehdi, visait vraisemblablement à intimider le militant, déjà placé sous protection policière. « Je ne me tairai pas », affirme-t-il sans trembler.

Sa dignité et sa détermination forcent le respect. C’est une réponse implacable aux commanditaires des meurtres de Mehdi et de son grand frère, Brahim, brûlé vif dans le coffre d’une voiture il y a cinq ans. Les mots d’Amine appellent une réponse politique à la hauteur de sa résistance. La marche de ce samedi à Marseille doit être la première étape d’une lutte fédératrice contre la criminalité qui gangrène la société.

La lutte contre le crime organisé qui a proliféré à l’aune de la dérégulation libérale de ces dernières décennies et la multiplication de places offshore, impose un état des lieux rigoureux. Sans angélisme ni coups de mentons. La « narcocratie » prolifère là où l’État a failli.

La captation des espaces publics par les bandes criminelles s’est accélérée à mesure que les autorités se sont mises en retrait. Le démantèlement des services publics, au nom d’une logique comptable, ou encore l’exclusion sociale galopante dans les cités populaires ont jeté de nombreux jeunes dans la gueule du loup.

L’asphyxie des collectivités locales, derniers remparts contre la progression du fléau de la drogue, signe également la mort de la République dans les quartiers. L’aggiornamento est urgent. Il exige des mesures fortes et qui fassent mal au portefeuille des mafias, dont l’argent sale fructifie dans les paradis fiscaux. Du courage donc. Amine Kessaci, lui, en montre beaucoup.

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