La rupture sera
violente. En 2025, le déploiement de
l’intelligence artificielle a déjà
provoqué une vague mondiale de licenciements sans précédent : plus
de 180 000 suppressions de postes dans le seul secteur
technologique. Le mouvement s’étend déjà à l’ensemble de l’économie.
On pourrait se
réjouir de l’automatisation des tâches les plus pénibles et les plus
répétitives, si des buts d’amélioration des conditions de travail, de
désaliénation et d’émancipation orientaient les mutations en cours – hélas,
même les métiers de la création ne seront bientôt plus épargnés par cette
nouvelle course à la rentabilité qui motive le remplacement des humains par les
machines.
À l’orée de ce nouvel âge
du capitalisme, ce n’est pas
seulement le travail qui se désagrège. Les magnats de la tech sont parvenus à
faire de notre temps de cerveau disponible une mine de profit à ciel ouvert.
Ils s’emploient désormais à dissoudre la démocratie dans les algorithmes :
comme le travail humain, ils la jugent trop lente, inefficace, en un mot
obsolète.
Leur horizon
politique est celui d’un monde gouverné par des systèmes automatisés, des intelligences
artificielles omniscientes, des
structures de pouvoir opaques façonnées par leurs intérêts économiques.
Dans leur
dystopie technolibérale qui bascule sous nos yeux vers le
technofascisme, des individus
bombardés de « contenus » et de notifications, à l’attention
capturée, aux émotions manipulées, aux comportements prédits et orientés ne
sont plus que des solitudes juxtaposées.
Liens brisés,
citoyens désarmés, voilà parachevé le rêve thatchérien : « La
société n’existe pas, il n’y a que des individus. » L’étape
suivante ? Des décisions politiques soustraites à la délibération
collective et éclairée des êtres humains pour être confiées aux arbitrages d’un
insaisissable Léviathan numérique.
Défaire ce
projet cauchemardesque implique d’inventer, sur les ruines des démocraties
libérales, des solidarités nouvelles, des formes politiques permettant de
penser à nouveau le long terme, le commun, le vivant.

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