Tout ça pour
ça, serait-on tenté d’écrire, si la situation politique n’était pas aussi
grave, si les Français ne méritaient pas mieux que le spectacle affligeant que
renvoient les premiers responsables du pays. Certains doutaient encore de
l’ampleur de la déflagration, les voilà servis : la crise de régime est à
son paroxysme.
Le troisième gouvernement
depuis la dissolution ratée aura duré
moins de 15 heures. La Ve République est désormais plus instable que
ne le fut la IVe en son temps. La versatilité du socle « commun » plonge
les institutions dans un épais brouillard et dans l’incertitude une
majorité de nos concitoyens, déjà minés par la peur du lendemain. On voudrait
les dégoûter de la politique, on ne s’y prendrait pas autrement. Irresponsable.
Cette impasse
politique incombe à Emmanuel Macron, emmuré dans une stratégie perdante, en refusant de nommer un
premier ministre issu des rangs de la gauche, au lendemain des législatives anticipées. On le sait, le locataire de
l’Élysée souhaitait confier les rênes de Matignon au Rassemblement national,
persuadé que le chaos engendré par l’extrême droite au pouvoir lui permettrait
de se refaire une virginité.
Trois exécutifs
plus tard, avec un projet de budget digne
d’une déclaration de guerre antisociale, le clan Le Pen-Bardella se frotte les mains, convaincu qu’il raflera la
mise quelle que soit l’option retenue par le président de la République.
Les yeux
restent rivés sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré ; aucun scénario n’est à
écarter dans les prochains jours. Pour l’heure, à la manière d’un jour sans
fin, Emmanuel Macron a chargé
un Sébastien Lecornu, pourtant cramé, de mener « d’ici mercredi soir d’ultimes négociations »
sur une « plateforme d’action ».
Façon pour
l’Élysée de masquer cette ultime pantalonnade, en attendant de désigner un
nouveau premier ministre sur le mode « ne rien changer pour que rien ne
change » mais en faisant la part belle aux « Républicains » qui
ont précipité la chute de l’ancien ministre des Armées.
Dans ce paysage
dévasté, la gauche a une carte à jouer. À condition de faire corps pour
rassembler les femmes et les hommes déterminés à tourner la page de l’austérité
défendue par la Macronie, qui fait, à n’en pas douter, le lit de l’extrême
droite.

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