Emmanuel Macron
a raison de s’inquiéter de la situation du monde. Les conflits se multiplient
entre les États, au sein même des territoires, avec de nouveaux acteurs privés
et en dehors de tout contrôle politique. Une situation qui devrait alarmer tous
les responsables mondiaux.
Mais le monde
qui permet cela est un monde dans lequel on augmente les dépenses militaires, qui s’élèvent déjà à
2 700 milliards de dollars, quand l’aide au développement est en baisse, à 211 milliards, soit
près de 13 fois moins. C’est un monde où l’augmentation annuelle du budget de
la défense de la France annoncée par le président correspond au budget de l’ONU
(3 milliards), dont l’ensemble des activités (pour l’enfance, la
nutrition, le maintien de la paix, l’alphabétisation, etc.) représente 38
fois moins que les dépenses pour les canons et les avions.
Un monde où le
droit international, qui protège les peuples de l’arbitraire et de la loi du
plus fort, est bafoué tous les jours avec la complicité de ceux qui exhortent à
injecter davantage d’argent dans les armes et rechignent à aider les pays du
Sud dans leur transition écologique. Un monde où la justice internationale est
humiliée sans que les chefs d’État censés l’appliquer n’y voient rien à
redire. C’est ce monde qui produit les insécurités grandissantes.
« La paix est impossible sans justice », disait le prix Nobel Desmond Tutu. Alors
comment croire qu’augmenter les dépenses pour faire la guerre tout en baissant
celles pour l’éviter pourrait mener à la paix ? Peut-être parce qu’elle
n’est plus un but. Si l’Otan, sous la pression
de Donald Trump, exige de nouveaux crédits pharaoniques, ce n’est pas pour éviter la guerre, mais pour
pouvoir la mener au profit de quelques-uns.
En France, les
conséquences sociales d’un budget de la défense à 100 milliards à terme
seraient désastreuses. Tout comme il serait désastreux à l’échelle
mondiale d’assécher les budgets mutualisés pour la paix, la coopération et la
lutte contre le changement climatique. « Le courage, ce n’est pas de
laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut
résoudre », disait Jean Jaurès. Il est encore temps de revenir à la
raison.

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