jeudi 6 mars 2025

« Guerre en Ukraine : 800 milliards d'euros pour l'armement qui seront payés au prix fort », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.



Dissipons d’abord un doute : ce n’est pas parce que les règles budgétaires des États seraient assouplies pour les dépenses d’armement que les montants colossaux annoncés deviendront indolores pour les peuples d’Europe. Ce que le militarisme engloutira, les dirigeants européens se feront un devoir de le faire rembourser au prix fort par des coupes budgétaires ou des prélèvements nouveaux.

On a vu, depuis la crise du Covid, ce qu’Emmanuel Macron entendait réellement par sa formule du « quoi qu’il en coûte » : c’est sur le fruit du travail et les prestations de chacun qu’il entend récupérer cette dette en décrétant l’austérité à perpétuité.

Les 800 milliards de crédits annoncés par Ursula von der Leyen (l’équivalent du quart de la dette publique de la France) comme les 3,5 % de PIB auxquels notre chef de l’État prétend hausser le niveau des dépenses de défense nationale (soit 40 milliards d’euros annuels supplémentaires) auront un coût social, éducatif, sanitaire exorbitant, à l’heure où les finances publiques sont déjà exsangues et où les plus modestes sont montrés du doigt. Demain, les allocataires, les services publics et les bénéficiaires de subventions diverses seront-ils accusés de compromettre la sécurité du continent par l’effort financier dont ils priveront nos armées ?

La potion est d’autant plus amère qu’on distingue mal au service de quelle paix durable cet argent sera investi. On ne conjurera pas les menaces de guerre en compensant le désengagement militaire des États-Unis. Si cela suffisait, l’investissement dans le parapluie américain du temps où l’Alliance atlantique fonctionnait aurait dû dissuader la Russie d’envahir l’Ukraine, et l’aide de l’Europe et des États-Unis à Kiev aurait dû contenir les ambitions de conquête de Poutine. L’échec sur ces deux fronts doit inciter les Européens à changer de paradigme.

La paix s’obtient d’abord par des moyens de paix, ce qui appelle un renouveau de la diplomatie et des cadres de discussion collective, tels que la tenue d’un Helsinki II proposé par les députés communistes. Autant de pistes qui n’ont pas été anticipées, malgré les signes annonciateurs d’un lâchage de l’Europe bien avant l’élection de Trump.

 

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