Dissipons
d’abord un doute : ce n’est pas parce que les règles budgétaires des États
seraient assouplies pour les dépenses d’armement que les montants colossaux
annoncés deviendront indolores pour les peuples d’Europe. Ce que le militarisme
engloutira, les dirigeants européens se feront un devoir de le faire rembourser
au prix fort par des coupes budgétaires ou des prélèvements nouveaux.
On a vu, depuis
la crise du Covid, ce qu’Emmanuel Macron entendait réellement par sa formule du
« quoi qu’il en coûte » : c’est sur le fruit du
travail et les prestations de chacun qu’il entend récupérer cette dette en
décrétant l’austérité à perpétuité.
Les
800 milliards de crédits annoncés par Ursula von der Leyen
(l’équivalent du quart de la dette publique de la France) comme les 3,5 %
de PIB auxquels notre chef de l’État prétend hausser le niveau des
dépenses de défense nationale (soit 40 milliards d’euros annuels
supplémentaires) auront un coût social, éducatif, sanitaire exorbitant, à
l’heure où les finances publiques sont déjà exsangues et où les plus
modestes sont montrés du doigt. Demain, les allocataires, les services publics
et les bénéficiaires de subventions diverses seront-ils accusés de compromettre
la sécurité du continent par l’effort financier dont ils priveront nos
armées ?
La potion est
d’autant plus amère qu’on distingue mal au service de quelle paix
durable cet argent sera investi. On ne conjurera pas les menaces de guerre en
compensant le désengagement militaire des États-Unis. Si cela suffisait,
l’investissement dans le parapluie américain du temps où l’Alliance atlantique
fonctionnait aurait dû dissuader la Russie d’envahir l’Ukraine, et l’aide
de l’Europe et des États-Unis à Kiev aurait dû contenir les ambitions de
conquête de Poutine. L’échec sur ces deux fronts doit inciter les
Européens à changer de paradigme.
La paix
s’obtient d’abord par des moyens de paix, ce qui appelle un renouveau de la
diplomatie et des cadres de discussion collective, tels que la tenue d’un
Helsinki II proposé par les députés communistes. Autant de pistes qui
n’ont pas été anticipées, malgré les signes annonciateurs d’un lâchage de
l’Europe bien avant l’élection de Trump.

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