jeudi 20 février 2025

« 30 ans après le meurtre d'Ibrahim Ali, le devoir de mémoire », l’éditorial de Marie-José Sirach dans l’Humanité.



Le 21 février 1995, Ibrahim Ali, 17 ans, français d’origine comorienne, était tué d’une balle dans le dos dans le 15e arrondissement de Marseille. Assassiné par trois colleurs d’affiches du Front national en maraude. Avec ses amis, il revenait d’une répétition de musique.

Tous se dépêchaient pour ne pas rater le bus. Ibrahim Ali ne montera jamais dans ce bus. Le premier réflexe des assassins fut de se réfugier dans les locaux du parti d’extrême droite. Bruno Mégret, alors maire FN de Vitrolles, leur apporta immédiatement son soutien. Et Le Pen père laissa libre cours à son ignominie : « Ce malheureux incident a attiré l’attention générale sur la présence à Marseille de 50 000 Comoriens. Que font-ils là ? »

Ce « que font-ils là ? » éclaire la rhétorique raciste et xénophobe qui est le fonds de commerce électoraliste de l’extrême droite. Le FN est devenu RN, la fille a succédé au père et malgré le ripolinage de la façade, son idéologie identitaire gangrène plus que jamais le débat politique dans notre pays. On appelle ça la « dédiabolisation ». Ce « que font-ils là ? », aujourd’hui, se dit « submersion ».

Les Retailleau, Ciotti, Darmanin et jusqu’au premier ministre François Bayrou emploient ce terme sans ciller, jouant de la surenchère, parlant d’« ensauvagement » de la jeunesse et d’identité nationale. Tous se gardent bien de rappeler le décompte macabre des jeunes gens tués par la police ces trente dernières années, de Malik Oussekine à Nahel Merzouk, d’Adama Traoré à Cédric Chouviat, sans oublier Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur le 27 octobre 2005, il y a vingt ans…

Dimanche dernier, à Paris, une bande de types encagoulés aux cris de « Paris est nazi ! » s’est introduite dans des locaux d’une association de travailleurs immigrés turcs, blessant grièvement plusieurs personnes. Ces groupuscules fascistes carburent à l’idéologie lepéniste. Il est temps que cesse la complaisance au sommet de l’État avec cette rhétorique identitaire qui anime ces groupuscules néofascistes. C’est cette même idéologie qui a tué il y a trente ans Ibrahim Ali, cette même mécanique de haine qui met en danger notre démocratie.

 

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