Saluant le
« bon diagnostic » du premier ministre sur les déficits publics comme
son projet d’austérité budgétaire, le patron des patrons a ouvert ce mercredi
les universités de rentrée de son organisation en signifiant qu’il n’y avait
pas d’alternative à la saignée des dépenses publiques.
« Bravo Bayrou », s’était exclamé Patrick Martin, le 15 juillet, saluant le projet de
budget 2026 super-austéritaire présenté par le premier ministre. Un mois et
demi plus tard, changement de ton de la part du patron des patrons, qui a
ouvert, ce mercredi 27 août, la rencontre des entrepreneurs de France
(REF).
À ces
universités de rentrée du Medef, il n’est plus question de sabrer le champagne
pour célébrer l’hôte de Matignon, énième chien de garde de la politique de
l’offre « pro-business ».
L’heure est à
creuser les tranchées pour, à défaut de sauver le soldat Bayrou qui vient de
lier son sort à un vote de confiance le
8 septembre prochain – et qui devait à nouveau s’exprimer,
mercredi soir, durant le JT de TF1 –, au moins préserver le cortège de
largesses que l’État réserve aux entreprises depuis l’avènement du macronisme.
Patrick Martin rejoue la vieille rengaine de
l’austérité
Lors de son
discours inaugural d’un événement à l’intitulé surdramatisé (« Jeu décisif,
l’heure des choix ») qui se tient sur le cours central de Roland-Garros,
privatisé pour l’occasion, le président du Medef a promis tous les malheurs du
monde à ceux qui reviendraient sur le tour de vis de 44 milliards d’euros
imposé aux dépenses publiques en 2026.
« Ceux qui croient pouvoir jouer avec l’économie nous font prendre un
risque énorme », adresse-t-il notamment aux partis de gauche qui
soutiennent qu’une autre politique budgétaire est possible. Au contraire, il
salue le « bon diagnostic » posé par François Bayrou sur la
rigoureuse saignée à infliger aux finances publiques, et appelle donc « les
décideurs politiques (à) dépasser leurs rivalités », même s’il se dit
déjà « consterné par les premières réactions » après l’annonce
du vote de confiance.
Des réactions
décrites comme « des passions stériles destructrices », « qui
surajoutent aux inquiétudes et nous éloignent de l’acte offensif indispensable
au rétablissement de notre pays ».
Le Medef applaudit la casse sociale et le saccage des
services publics
Le « projet
d’avenir mobilisateur et crédible » que Patrick Martin prône au milieu
de ses troupes passe donc par la reprise in extenso du projet gouvernemental,
qui préconise pêle-mêle la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires
et le non-remplacement d’un agent public sur trois ; quatre milliards
d’euros d’économies en année pleine réalisées sur le dos des privés d’emploi
avec une énième réforme de l’assurance-chômage ; cinq milliards de coupes
dans les dépenses de santé ; la non-revalorisation des pensions des
retraités comme des allocations sociales… Seules l’augmentation des jours de
carence en cas d’arrêt maladie et la suppression de deux jours fériés semblent
poser problème. Car les employeurs seraient alors mis à contribution.
Un non-sens,
car « alourdir notre barque pour le compte de je ne sais quelle justice
serait pure folie ». Le décontracté président du Medef fait bien
comprendre que les « agents économiques » (autre nom pour
patrons) ne comptent rien lâcher pour contribuer au redressement des comptes
publics.
« Un retour de l’ISF (l’impôt de solidarité sur la fortune – NDLR)
serait ravageur pour l’économie. On ne peut pas taper sur les entreprises et
espérer qu’elles se projettent dans plus de production. N’en déplaise à M.
Zucman », l’économiste
à l’initiative d’une proposition de loi écologiste pour taxer les plus riches,
qui rapporterait près de 15 milliards d’euros à Bercy.
Sinon, ce
serait la fuite massive des capitalistes français de l’autre côté des Alpes,
selon le patronat. L’Italie est devenue la troisième destination préférée des
ultrariches, dixit un cabinet spécialiste de l’optimisation fiscale. Mais la
dolce vita n’y est pas assurée, car le fisc transalpin veille quand même au
grain. Et les premiers travaux de ce même
Gabriel Zucman ont bien démontré que la thèse de la fuite des riches
dans les années 2000 était fumeuse.
Austérité pour les citoyens, générosité pour le
patronat
Patrick Martin
lâche ses coups pour dégonfler une autre « baudruche »
présente dans le débat public. Celle des aides publiques aux entreprises.
Rabâchant que les entreprises françaises sont les plus taxées des pays riches
de l’OCDE, il récite son antienne : c’est « une compensation
partielle de la surcharge qui nous disqualifie dans la compétition
mondiale ».
Le grand
patronat se fait d’autant plus vindicatif sur le sujet qu’il est en position de
faiblesse vis-à-vis de l’opinion publique depuis la publication mi-juillet du
rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation des aides
publiques aux grandes entreprises.
Pour la
première fois, un chiffrage consolidé a été dévoilé par son rapporteur, le
sénateur communiste (et directeur de l’Humanité) Fabien Gay. Et le
montant de toutes ces aides a frappé les esprits. 211 milliards d’euros :
soit le premier budget public, bien supérieur aux 66 milliards
d’euros d’intérêts dus au titre de la dette publique pour 2025 (la fameuse
« charge de la dette »).
Mais ni les
dénégations du fidèle serviteur François Bayrou lors de sa conférence de presse
du lundi 25 août (ce rapport revient à « additionner les carottes et
les sèche-cheveux », a-t-il ironisé en réponse à une question de l’Humanité),
ni le contre-feu publié par France Stratégie deux jours plus tard, n’ont permis
de mettre en cause la validité de ces 211 milliards d’euros. Si bien que
la somme colle aux basques du Medef comme le sparadrap du capitaine Haddock.
Pis : si
l’on suivait tout le décompte entrepris par France Stratégie – les
111,9 milliards d’euros d’aides publiques versées par l’État, les
allégements de cotisations sociales, les taxes reversées et dépenses fiscales
déclassées, les aides européennes ou des collectivités locales et autres dispositifs
divers –, il faudrait alors parler de 274 milliards d’euros d’argent
public versés aux entreprises. Soit la facture de la politique de l’offre en
2023.
Des promesses sans garanties pour les aides publiques
aux entreprises
Criant à « la
manipulation de la réalité » sur le sujet, Patrick Martin est
cependant contraint de lâcher : « Oui à améliorer les 2 200
dispositifs » d’aides aux entreprises. On est encore loin des mesures
d’évaluation et de contrôle que recommande le rapport de la commission
sénatoriale.
Comme
l’interdiction d’octroi d’une aide à une entreprise condamnée pour infraction
grave, ou l’obligation de remboursement faite à une société qui procéderait à
une délocalisation. Le débat sur le thème : « Libérer ou
réguler », prévu à la REF ce jeudi midi, avec la participation du
rapporteur Fabien Gay, s’annonce savoureux.
Ballotté par un
agenda politique incertain, le Medef, qui revendique 240 000 adhérents,
accueillera sans doute chaleureusement François Bayrou.
L’organisation patronale aura ensuite une vue un peu plus claire de l’avenir du
premier ministre et de son budget avec le débat des chefs de partis en clôture
de sa REF.

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