Six heures trente. La campagne gersoise doucement
s’éveille, une brume légère enveloppe telle une grande écharpe le paysage qui
s’étire à perte de vue. Les herbes, dont les extrémités sont perlées par la
rosée matinale, ressemblent à une myriade de diamants. J’emprunte un sentier
que longe une petite rivière, un couple de colverts au plumage chatoyant glisse
amoureusement sur l’eau translucide. La lune blafarde commence à baisser sa
garde en jetant un dernier regard sur ce paysage éternel, laissant alors le
champ libre aux premiers pâles rayons du soleil qui perce timidement derrière
une rangée de peupliers gigantesques semblant se tenir au garde à vous. Je continue
ma marche silencieuse sur un étroit sentier qui serpente la colline. Au loin se
font entendre les sept coups de l’angélus. Sur ma gauche, à peine apparente,
recouverte de mousse, une voie de chemin de fer aux traverses de bois rongées
par les intempéries, usées par le temps et abandonnées depuis de nombreuses
années. Pourtant, en la regardant, dans mes oreilles résonnent le grondement
sourd du train ainsi que son sifflement, c’est une image du passé qui ravive
mes souvenirs car la modernité a pris le pas sur l’ancienneté. Entre de petits
îlots verdoyants, des arbres dénudés conjuguent vie et mort à l’image de nos
vies. Habitations en vue, des tas de bois adossés aux maisons annoncent un
hiver rude, mais évoquent aussi des veillées joyeuses au coin du feu entre
voisins, soirées faites de rencontres, d’échanges et de partage. Mes pas me
conduisent ensuite près d’un enclos où des vaches ruminent. A l’écart en
contre-bas un poulain tête sa mère. Fascinée par ce charmant tableau, je me dis
que Dame Nature est bien belle. Chemin faisant ici et là, des petits monticules
de feuilles desséchées, palette de couleurs variées qui vont du rouge vif en
passant par le brun et l’ocre, une merveille pour les yeux. Merci à toi le vent
qui n’a pas encore accompli ton œuvre. Une buse vient de faire une halte sur un
câble à haute tension avant de reprendre son envol vers une mystérieuse
destination. Je m’assois sur un tronc d’arbre, je respire l’air si vivifiant,
je fais le plein de mes poumons. J’apprécie ce silence qui se dégage de la
nature. La beauté de ce paysage m’émeut profondément, elle pénètre mon esprit
si différent du quotidien de ma vie à la ville.
lundi 16 juin 2025
Nouvelle « Au cœur de la nature gersoise »
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