À Fouju, 90
hectares de terres agricoles s’apprêtent à disparaître
sous le béton du pharaonique Campus IA. Au même moment, SoftBank promet de déverser 75 milliards d’euros
pour saturer notre réseau électrique de gigawatts. L’exécutif applaudit,
célèbre la « France manufacture de l’Europe », agite l’étendard de la
souveraineté numérique.
Mais de quelle
souveraineté parle-t-on ? Ces projets gigantesques sont financés par des fonds émiratis (MGX) pour Campus IA, japonais pour SoftBank, pour
faire tourner des machines conçues par le géant américain Nvidia. La valeur
ajoutée, l’intelligence brevetée et le contrôle ultime restent à Tokyo et dans
la Silicon Valley.
La France,
elle, fournit le terrain, les lignes à haute tension de RTE et l’eau de
refroidissement. C’est en réalité de la sous-traitance à grande échelle. Sous
le coup du Cloud Act américain ou des décisions stratégiques de fonds
souverains lointains, nos données et nos infrastructures seront sous influence.
Sans oublier qu’un centre de calcul n’est pas une usine comme les autres ;
c’est un ogre. Un ogre qui dévore l’espace et l’énergie.
Ensemble, Fouju
et SoftBank réclament plus de 6,4 gigawatts. C’est l’équivalent de la
production continue de cinq réacteurs nucléaires EPR. Une manne d’énergie
allouée à l’entraînement d’algorithmes génératifs dont l’utilité sociale et
économique se discute. Au passage, la chaleur colossale dégagée par les
processeurs sera purement et simplement perdue, puisque rien n’est pensé pour
la récupérer.
Ces projets
reviennent à socialiser les coûts des infrastructures pendant que les
bénéfices, eux, sont privatisés par quelques multinationales de la tech. Or la
France a les moyens d’inventer le premier modèle d’intelligence artificielle
compatible avec les limites de la planète. La solution réside dans le
développement de modèles frugaux (Small Language Models), orientés vers
les besoins réels de la médecine et des services publics. Sans ce sursaut,
notre pays se condamne à n’être qu’un simple serviteur énergétique pour des
intérêts capitalistes transnationaux.

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